Immersion dans l’usine Mazak de Worcester, en Grande-Bretagne
YAMAZAKI MAZAK
parFin mars, le constructeur japonais de machines-outils a invité la rédaction d’Équip’Prod à visiter son usine anglaise implantée dans le centre du pays. L’occasion de pénétrer dans les ateliers de production européens du leader mondial de la machine-outil qui peut se targuer de maîtriser l’ensemble de la chaîne de fabrication et d’œuvrer en permanence pour maintenir des niveaux de qualité les plus élevés.
À peine deux semaines après avoir exposé sur l’un des plus vastes stands du salon Global Industrie à Lyon, Mazak a réuni l’ensemble de la presse technique européenne au sein de son usine anglaise, située à Worcester, à une heure de route au sud de Birmingham, non loin du pays de Galles. L’occasion pour le constructeur de machines-outils japonais de rappeler l’étendue du groupe à l’international. Car avec cette usine européenne, deux autres en Chine, une à Singapour et une aux États-Unis, sans oublier le Centre de technologie laser à Milan, on ne peut pas dire que Mazak n’exprime pas la volonté, depuis sa création il y a plus d’un siècle, en 1919, de s’ouvrir au monde entier.
À Worcester, l’usine qui a vu le jour en 1987 a produit pas moins de 30 000 machines pour le marché européen ; ce chiffre datant de 2022 ne manque pas de rappeler que la moitié des machines Mazak vendues en Europe sont produites sur le Vieux Continent. Et pour cause : chaque partie du monde a ses propres cultures en matière d’usinage. Le VTC 800, par exemple, l’un des best-sellers des machines sorties des lignes de production anglaises, a été conçu ici, au sein du bureau d’études ; « au Japon, cette machine n’a pas de sens car elle ne correspond pas à la culture de travail nippone, fait-on remarquer lors de la visite de l’usine. En revanche, en Europe mais aussi aux États-Unis, elle s’est révélée très pertinente ». Autre best-seller de l’entreprise britannique, le centre de tournage Quick Turn, machine qui a vu le jour en 1981 mais dont la production s’est également poursuivie en Angleterre.
Une production à la pointe de la qualité
Avec une centaine de machines sortant des lignes de production chaque mois, l’usine de Worcester ne doit rien laisser au hasard. Si elle mise tout sur la qualité, la productivité est l’autre priorité. Il faut dire que ses clients – 65% sont des PME de moins de cinquante salariés – n’ont pas le temps d’attendre, en particulier dans des secteurs d’activité qui exigent de répondre rapidement à des demandes en fort rebond depuis la sortie de la crise sanitaire, et avec des niveaux de qualité et de performances toujours plus hauts.
Pour ce faire, Mazak investit également régulièrement dans son outil de production – essentiellement du Mazak bien sûr, mais pas seulement (presse Jean Perrot, machines de rectification Studer, Zeiss Prismo Verity, cellules robotiques Yaskawa, systèmes robotiques RoboJob…). Et ce à hauteur de « 14 M€ ces cinq dernières années, insiste Mark Hall, directeur de production de l’usine anglaise. 5 millions supplémentaires sont prévus cette année, notamment dans deux machines Optiplex Neo laser ainsi qu’un nouveau robot de soudage. Mais ces investissements concernent également l’apprentissage puisque chez Mazak UK, on mise beaucoup sur les jeunes ; nous formons au total une soixantaine de stagiaires durant trois ans – et vingt nouveaux chaque année ».
L’usine en elle-même est répartie sur plus de 30 000 m2 et en différentes zones – tournage, usinage/fraisage, tôlerie/soudage, peinture, assemblage, métrologie et contrôle jusqu’à la réparation et le reconditionnement des broches. « Ce service est unique en son genre ; les broches sont remises à neuf et selon les mêmes critères de qualité que les broches sorties d’usine.
Ce service est tellement réputé que nous reconditionnons même des broches venues du Japon et du monde entier ». Un exemple parmi tant d’autres démontrant que cette usine européenne n’est pas une « simple » unité d’assemblage de machines-outils. Ici, Mazak maîtrise le process de A à Z, signe d’autonomie et de confiance accordée par le groupe nippon. L’ensemble des fonderies sont usinées ici. Sur ce site sont également produites les broches (et reconditionnées comme évoqué précédemment), les tourelles, les magasins d’outils et les carters en tôle. Enfin, le site de Worcester abrite le Centre de technologie européen.
Un laboratoire de métrologie contrôle les broches et les différents outillages ; il abrite également un centre horizontal HCN 8 800 et un VTC 800 dans une salle à part, climatisée à 21°. Pour le reste de l’usinage, tout est produit ici, uniquement avec des machines Mazak. Deux cellules robotisées viennent remplacer les mors automatiquement et le préhenseur en fonction du type de pièce.
À l’image du reste de l’usine, dans la partie dédiée à la tôlerie et au soudage, d’importants investissements sont programmés. Ceux-ci portent notamment sur deux machines laser fibres et un robot Yaskawa. Cependant, ce qui frappe ici, c’est d’une part que tout est automatisé, du chargement des tôles vers le soudage en passant par la découpe et le stockage pour ensuite passer en cabine de peinture. Seules les opérations de soudage et de pliage ne sont pas automatisées. D’autre part, tout est maîtrisé en interne : « mis à part les rails de guidage et les roulements, tout est « 100% Mazak » ». Et l’atelier de tôlerie n’est pas une exception ; le concept est identique dans l’ensemble du groupe. Une manière de répondre à la crise des composants qui a touché plus durement certains constructeurs de machines-outils que d’autres…
Olivier Guillon
EQUIP-PROD – N°143 Avril 2023